Les Amis de Port-Navalo

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08 août 2014

Marchés de Rhuys

 

 

Bayaderetrfilova

 

 

 

 

                          

                                             

 

                                                 

 

 

                     Marchés de Rhuys

                                     

                   Il y a le grand marché, celui du mardi ou celui de vendredi. Ce sont les mêmes. Pas tout à fait. Le premier se déploie en étoile autour de la place de l’église. Le second s’étire en longueur le long de la rade. Il lui tourne le dos certes, mais rivalise avec elle de couleurs. Elle, elle se pare de toutes les teintes de la mer et du ciel: azur marbré de veines blanches, flots glauques ou bleu marine sur lesquels se balancent des barques aux tons vifs: du vert, du jaune, du rouge. Au gré du vent elles vont et viennent autour de leurs corps-morts, tandis que plus haut, sur la terre ferme flottent les toiles aussi vives des marchands: rouges, orangées, jaunes, blanches, brunes ou bayadères.

             Il y a ceux qui viennent au marché seulement pour s’y approvisionner. On est sur place d’assez bonne heure. Il ne s’agit pas de traîner. On vise l’efficacité. Une seule hantise: faire la queue. Ceux-là ont leurs fournisseurs, celui-ci pour coquillages et poisson, celui-là pour les légumes de sa petite exploitation, cet autre pour les fruits. On n’oublie pas le marchand d’épices, d’olives, de tapenade — C’est de l’huile vierge extra-première-pression-à-froid. Il n’est pas de chez nous, il a le verbe haut, l’accent pointu, un bandana noué sur le sommet du crâne. Tout droit sorti d’un récit de Pagnol. Qu’à cela ne tienne! On s’invite d’une province à l’autre, on partage les mets et on mêle les saveurs. Le sud a le loup, la Bretagne a le bar. Le premier s’accommode souvent de fenouil, le second aime la compagnie de l’oseille. Mais  si on les laissait faire, peut-être que le loup aimerait goûter à l’oseille et que le bar choisirait le fenouil...va savoir?

 

port nav 2014 035 blog bonne

             Il y a les touristes qui fréquentent le marché pour y faire leurs courses, mais aussi pour se régaler au passage devant quelques étals. On picore par-ci, par-là. — Un peu de  gâteau breton messieurs-dames, pour le petit creux de la matinée? Servez-vous!  On grappille une bouchée, le  regard se fige sur les kouing-aman généreusement caramélisés et beurrés, en version familiale. — Six-huit parts celui-ci... Vous plaisantez! À quatre, ça fera bien l’affaire!...et hop!  Un kouing-aman dans le panier, sans compter le même en version individuelle qui vous tend les bras, celui-là, dont la croûte dorée transpire au soleil. Fait au beurre salé?   ̶  Bien sûr messieurs-dames! Et hop! Celui-là n’ira pas dans le sac. On y mord à pleines dents Aïe, aïe, aïe, ma ligne! Oh! ...Et puis zut, ce sont les vacances! Et voilà les doigts qui dégoulinent de gras, qu’il faut lécher méticuleusement une fois la dégustation terminée!

          Quelques toiles plus loin, nouvel arrêt. On goûte un petit morceau d’andouille — Allez, allez, on approche...ma Guéméné, elle est bonne ma Guéméné...et mon pâté aux algues, on goûte messieurs-dames, offert par la maison, tenez, servez-vous!  Et une petite tranche de pâté aux algues dans le sac à provisions. Pas vraiment régime ça non plus. Pas grave, ce sont des produits du terroir. On est là pour ça aussi! On n’y songeait pas il y a deux minutes, ni quand on est parti tout à l’heure, le panier d’osier au bras. Du coup, on rentre avec un cabas au ventre rebondi qui n’en peut mais sous le poids de la marchandise. À ce train-là l’osier se déforme et à la fin des vacances le pimpant-panier-pas-cher qui vous avait tapé dans l’oeil au premier marché de l’été vous prend une allure avachie.

 

             Il y a ʺla touristeʺ. Comme toute femme qui se respecte elle est là pour dépenser des sous. Elle n’est pas venue au marché pour dévaliser l’étal de l’agriculteur-bio, mais elle n’en reviendra pas non plus les mains vides. Au bout de son bras gauche se balance un léger sac plastique vert pâle dans lequel le marchand de vêtements marins a grossièrement plié une vareuse de coton rouge brique — la couleur des voiles des sinagots d’autrefois. Du vrai, de l’authentique. La Bretagne d’antan fière d’être saluée par celle d’aujourd’hui. — C’est sympa à enfiler quand les soirées sont fraîches. Un bon coupe-vent aussi. Prenez du L ça se porte ample!  La vareuse non plus n’était pas dans le projet de celle qui s’est laissée tenter, ni d’ailleurs le ramequin en forme d’étoile de mer bradé à moitié prix. De toute façon, on a bonne conscience. La vareuse est pour le mari, pour faire couleur-locale en quelque sorte et le ramequin on l’offrira à Anne-Sophie chez qui on doit aller dîner au retour des vacances. — Un petit souvenir de Bretagne! — Fallait pas! — Penses-tu, c’est pas grand chose!  Si elle savait Anne-Sophie...le ramequin au rabais! Pas grand chose en effet!

 

             Il y a ceux qui vont au marché pour flâner. Couleurs, odeurs, saveurs, le plein de dépaysement — exotisme serait excessif. Pas d’achat particulier en vue. On regarde, on tâte, on touche, mais on reste sur son quant-à-soi. Crainte de céder à un coup de coeur: Une lampe avec sa guirlande de poissons en découpe au bas de l’abat-jour, surmontant un pied rustique fait de galets polis (pas par la mer!), posés les uns sur les autres, entremêlés de morceaux de bois blanc tordus et torturés à la manière des fortunes de mer. — Très original!   (Pas sûr, on en voit un peu partout!). Complètement hors contexte dans l’appartement  en ville ou le pavillon de banlieue. Peur de se laisser griser par le bagout enjôleur du camelot qui n’est pas loin de réussir à vous fourguer son épluche-légumes-multifonctions, son polish-miracle pour la voiture — La carrosserie  refaite à neuf! , ou son sécateur-à-branches de compétition — Avec ça, vous taillez les petites comme les plus grosses!

             Il y a les familles flâneuses. Là, on avance pas à pas. On est bousculé, heurté, ballotté de droite et de gauche, mais peu importe. Il y a le petit dernier dans sa poussette, le nez au ras des genoux de tout le monde, qui s’agite, pleurniche devant le stand du marchand de jouets de plage. Il aimerait bien ce ballon en caoutchouc bleu, ce pistolet à eau jaune fluo ou encore cet ensemble seau-pelle-moules dans un filet rouge. Il s’imagine déjà en bâtisseur de châteaux de sable. — Non, mon chéri, tous les ans tu nous perds tout...on a le seau de l’an dernier, on fera avec!  À défaut de seau de plage, on lui achète un moulinet multicolore qu’on accroche à la poignée de la poussette. Il s’en fiche le mioche du moulin à vent aux couleurs vives: primo, d’où il est installé, il ne le voit pas bien, deusio, il tourne à peine le moulin. Trop chaud, trop beau, pas de vent, mais comme c’est pour ça qu’on l’a acheté, il fait quand même l’effort de tourner un tout petit peu, ou ne serait-ce pas la grande sœur qui a soufflé dessus, histoire de…?

             Il y a aussi le chien de la famille que l’on promène au marché, un gros chien de préférence. La pauvre bête halète ou s’étrangle, tenue en laisse courte, de plus en plus serrée au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans la foule. Elle marche du pas lent et las du supplicié qu’on conduit à l’échafaud. Quand son maître s’arrête, elle fait de même et lui lance un pauvre regard où se lit le désarroi, vivant reproche.

 

             Il y a enfin les résidents. Ils passent leurs vacances depuis longtemps dans le pays, y ont construit leur maison secondaire. Ils revendiquent l’idée de faire partie du paysage, ils se prendraient presque pour des locaux...depuis le temps! Ceux-là se rendent au marché pour se rencontrer presque autant que pour s’achalander ; on discute, on échange les indispensables impressions sur la météo, quelques nouvelles ou autres potins.  On se sent bien parmi ceux de la tribu. Au gré des rencontres, le temps dévolu au ʺmarchéʺ s’étire en longueur — La maison des R… est encore fermée. Ils ne vont pas tarder, ils arrivent généralement vers le 14 juillet ...— Camille B… a eu son bac avec mention. Ses parents sont ravis. Elle s’est inscrite en médecine, vocation familiale oblige!  — Vous passerez prendre l’apéritif un de ces soirs ?  On vous attend, ça nous ferait plaisir ! Quelque chose de simple, disons… apéro-dînatoire avec les F… et les T…, ça vous va?  —  D’accord, la fois prochaine ce sera chez nous, n’est-ce pas?   Les femmes discutent enfants, petits-enfants.Les hommes parlent navigation. —  Le bateau est encore sur son ber, mais dans deux, trois jours ce sera bon pour la remise à l’eau. Première sortie Houat ou  Belle-Île...on vous fera signe!

             Et pour finir, il y a ceux qui, de mardi en vendredi, observent, écoutent, glanent et se régalent de puiser l’inspiration au coeur de ce microcosme estival.

                            

                                                                                                                                               7 août 2007      

                                                                                                                                  Annie Loudes-Bocquet

 

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Posté par janerve à 16:05 - SOUVENIRS - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Marchés de Rhuys

  • C'est tout à fait ça ! bravo

    Posté par genoveva, 08 août 2014 à 16:38 | | Répondre
  • Le prochain vendredi de pluie abondante, je relirai ton texte et je ferai un tour de marché immobile.

    Posté par portnavalo1, 08 août 2014 à 17:58 | | Répondre
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