Les Amis de Port-Navalo

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06 mai 2016

Nouvelles chroniques

 CHRONIQUE DE PEN CASTEL

 

 

Ce fut une belle envolée ! Rien n’y manquait. Ni les petites hésitations qui évoquent les sanglots de l’émotion, ni les accents de sincérité qui font penser que l’orateur livre un peu de son intimité. Notre maire se laissait emporter par son éloquence. Cela ressemblait à une envolée de campagne électorale, mais à rebours puisque les élections l’avaient porté à la tête de la magistrature communale plus d’un an auparavant. Qu’importe : il éprouvait à nouveau ce besoin de nous montrer son attachement. Et il le faisait sans réserve.

Nous ? C’est à dire les adhérents de l’association des Amis de Port Navalo, Une bonne centaine de pas trop jeunes, réunis en assemblée générale, habitants à temps plein ou partiel la commune. Ce qui pouvait vouloir dire un mois ou l’éternité. 

Le fond des propos du maire s’appuyait sur ses racines locales. « Je suis du pays disait-il en substance. Je suis né ici, à Kerners, ce petit village périphérique du bourg d’Arzon, et cela me donne une légitimité particulière. Je sais mieux que quiconque ce qui est bon pour notre commune. ». 

En mon fort intérieur ces propos m’amusaient et m’agaçaient aussi un peu. Se souvenait-il Roland de ce temps où il avait joué avec des enfants de son âge qui n’étaient pas nés sur place ? Se rappelait-il que nous avions, lui et moi, gagné le concours de course à la brouette à la kermesse de Kerners  lorsque nous avions une dizaine d’années ? Il fallait pour cela suivre un parcours en tenant chacun un manche de l’engin. C’était facile : dans les tournants il suffisait de lever le manche du côté opposé aux virages et de courir le plus vite possible en ligne droite. J’étais plutôt fier d’avoir piloté notre attelage. En revanche Roland s’était révélé bien meilleur que moi au concours de tartine qui consistait à manger une tranche de pain recouverte de confiture suspendue au bout d’une ficelle les mains liées dans le dos. Le barbouillage de mon visage et de mes cheveux m’avait valu un retour express à la maison pour nettoyage des parties collantes. Mais Roland, qui avait peut-être déjà l’appétit de son ambition, avait habilement réussi à avaler la tartine sans se transformer en papier tue-mouche ce qui lui avait donné le droit de concourir pour la suite des épreuves.

Etait-ce  dans de tels souvenirs que s’enracinait sa légitimité ?

L’argument de l’origine a toujours été asséné comme majeur lors des campagnes électorales arzonnaises. Et il faut dire qu’il ne manque pas de pertinence.  Quoi de plus logique qu’un enfant du pays pour le diriger ? Mais le sens profond de cet argument me semblait moins évident au fur et à mesure que Roland s’y attardait. Etait-il indispensable d’être né au pays pour en connaître les besoins, en porter le flambeau, en orienter l’avenir ? Cela donnait-il un droit moral ou psychologique supplémentaire qui réduisait d’autant la légitimité de ceux qui étaient nés ailleurs ? Ces derniers avaient-ils moins d’amour du pays ? Le connaissaient-ils moins profondément ? Cela affaiblissait-il leur droit de s’y sentir chez eux et de vouloir le faire prospérer ?

La commune d’Arzon, avec ses lieux dits de Port Navalo, Le Crouesty, Kerjouanno, Tumiac, Kerners, Béninze, Porh Nèze, Bilgroix, Monteno ou Pen Castel s’est développée depuis 1945 sous  des édiles qui n’étaient pas toutes, loin s’en faut, autochtones. Et ces maires et conseils municipaux l’ont façonnée, transformée, enrichie. Le pays a changé et ses habitants aussi, tant par leur nombre que par leurs origines. Ma réflexion me portait à une évidence : la majorité de ceux qui l’ont fait n’était pas née sur place.

Roland avait toutefois raison sur un point essentiel : ceux qui aujourd’hui vivent et votent à Arzon l’aiment. Ils s’en sont épris au point de vouloir y poser les valises d’une vie. Ils sont venus il y a peu ou bien il y a longtemps lorsque la Bretagne n’en était qu’à l’aube de la mode des stations balnéaires. A toutes les époques ils se sont mélangés aux natifs et les ont fait changer jusqu’à rendre difficile aujourd’hui de les distinguer.  Le pays est fait de ce mélange qui s’est imposé sans heurts au cours des années, guidé par des attentes divergentes mais qui se complètent. Car tous les acteurs de cette lente intégration se sont épris de cette pointe de la presqu’ile de Rhuys, jusqu’à parfois vouloir y laisser leur empreinte.

Au fur et à mesure  que j’écoutais le discours de Roland, une multitude de souvenirs est passée devant mes yeux. Et je me suis dit que nous aussi, les estivants comme on nous surnommait, avions une légitimité. Que nous avions notre propre regard sur l’histoire de ce pays avec nos yeux d’immigrants qui ont bouleversé la vie des natifs par nos rêves, nos ambitions, nos passions. Arzon vu par un de ceux qui s’y sont implantés, tel que je l’ai vécu avec ma famille. Cette histoire ressemble sans doute peu ou prou à celle des milliers qui ont suivi ou précédé et c’est pour cela qu’elle mérite d’être racontée. Elle commence au début de l’été  1950. Il était 4 heures de l’après-midi. Mon père arrêta la voiture sur le bord de la route et se tourna vers ma mère.

                                                                                 SM

                                                                                               à suivre..... 

 

 

 

 

Posté par janerve à 22:34 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Nouvelles chroniques

    merci pour ce récit....

    Posté par fab, 06 mai 2016 à 22:49 | | Répondre
  • "les édiles non autochtones loin s'en faut " ???? A plus de 70 % autochtones , avec les "apparentés" Nous ne consultons pas les mêmes archives ! Pure mesquinerie dont nous n'avons pas l'habitude.

    Posté par bigi, 07 mai 2016 à 12:56 | | Répondre
  • Touchant récit.
    Sans opposer les gens d'ici des "etrangers" l'amour d'Arzon par tout ceux qio ont choisis ou même rêvent d'y passer une tranche de vie est tres important et universel. Voila de quoi rejouir chacun, bien mieux que du mépris ou bien pire...de l'indifférence.

    Posté par Jumarie, 07 mai 2016 à 13:36 | | Répondre
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