Les Amis de Port-Navalo

Les Amis de Port Navalo est une association créée pour établir des liens de convivialité, réaliser des animations, préserver la qualité du site de Port-Navalo...

08 mai 2016

Chronique de Pen Castel

 

...suite ...                  Chapitre 1                  l'Arrivée

 

 

- « Je pense qu’il est temps de trouver un lieu pour ce soir. Allons nous à gauche ou à droite ? » proposa mon père.

Devant le capot de notre 4cv Renault, une route à peine goudronnée serpentait mollement à l’entrée d’un village. Deux chemins s’en éloignaient à angle droit, sans revêtement asphalté mais avec des sols suffisamment tassés pour penser qu’ils étaient souvent pratiqués et donc praticables.

- Je ne sais pas répondit ma mère. Puis après un temps d’hésitation elle s’exclama en se tournant vers la banquette arrière : Tiens ! Odette pour une fois c’est toi qui va choisir.

Odette était la jeune fille au pair qui avait complété notre petite famille un an plus tôt. C’était une jolie Alsacienne que des parents agriculteurs avaient envoyée à la ville pour lui « faire connaître un peu le monde avant le mariage ». Odette avait 17 ans. Elle s’était montrée dégourdie et enjouée dès le premier jour et nous l’adorions. Pour l’heure elle trônait au milieu de la banquette arrière entre mon frère, 2 ans et moi, son aîné d’un an.

D’une façon étrange ce moment précis est mon plus ancien souvenir d’enfance, comme si du haut de mes trois pommes j’avais compris que la réponse d’Odette allait engager nos vies pour toujours.

- On va toujours au bord de la mer. Je voudrais changer. Je suis une fille de la campagne et j’aimerais bien aller à l’abri du vent, au milieu des champs, si vous êtes d’accord. On voit la mer à gauche. Je propose qu’on prenne le chemin de droite.

Sans s’en douter Odette venait de prendre une décision qui allait mettre fin à notre voyage. Un voyage commencé près d’un an plus tôt lorsque mon père avait réussi, après de longues tractations, à convaincre ma mère qui ne jurait que par la Côte d’Azur de découvrir la Bretagne.

L’origine de ce voyage était liée à l’histoire du couple. Mon père, Jacques, n’avait pas encore 19 ans à la déclaration de la guerre. Il s’était engagé dès 1939 dans la marine pour pouvoir choisir une arme qui lui permettrait de combattre sans avoir à tirer de coup de feu tant l’idée de tuer un homme lui faisait horreur. Dès qu’il avait pu, il avait rejoint les forces françaises libres en Algérie, puis à Londres et enfin en France où il avait combattu pendant toute la campagne d’Alsace et une partie de celle d’Allemagne jusqu’à être blessé à Mulhouse. Son arme ? Une caméra qui lui avait permis de respecter son vœu et qu’il trimbalait avec intrépidité au milieu des chars et des commandos, ce qui lui avait valu la croix de guerre et quelques autres breloques. De la marine il avait gardé le goût de la mer et des bateaux. Il avait rencontré ma mère, à Paris, lors d’une permission, peu après la libération de la capitale.

C’était une très jolie jeune femme, frêle et blonde, au sourire à faire fondre le plus endurci des policiers. Son innocence apparente et son activité de chanteuse de variétés, avaient été bien utiles pour franchir les contrôles les plus tatillons et servir pendant des années de courrier pour la Résistance. Les engagements de mes parents leur avaient ouvert les portes des facilités que la France offrait aux jeunes résistants pour reprendre des études interrompues par le conflit. Ils avaient suivi des cours du soir pour devenir lui, caméraman et elle, monteur films. Leur foi en l’avenir retrouvée, ils avaient engendrés deux garçons et commencé une carrière dans le cinéma. Mon père avait été pendant un temps opérateur de Jean Renoir puis, après 3 ans de reportages pour Pathé Gaumont, venait d’entrer dans une société balbutiante : la télévision française. Ma mère montait des films publicitaires ou promotionnels pour des entreprises comme EDF.

L’une des particularités de ces métiers était d’alterner les périodes de travail intense avec des semaines d’attentes entre deux contrats. Ils avaient décidé de mettre à profit ces moments d’inactivité professionnelle pour acheter une voiture d’occasion et partir à l’aventure découvrir les côtes bretonnes flanqués de leurs deux marmots et d’Odette, équipés de tentes de camping et de tout l’attirail qui va avec ce genre d’expédition, fixés sur une galerie au sommet de la 4cv.

Ce voyage durait depuis plusieurs mois, alternant les allers retours pour Paris, et nous avait permis de découvrir Saint Brieux, Morlaix, Plougasnou, Concarneau et Quiberon. A chaque arrêt nous restions une ou deux semaines, et même un mois à Plougasnou. L’hiver avait interrompu la première partie de ce voyage. Il avait repris au printemps avec la découverte de la Bretagne sud.  Nous venions de passer une semaine sur la côte sauvage de Quiberon. La presqu’ile de Rhuys n’avait aucune réputation touristique ce qui en faisait un territoire mystérieux. Mes parents n’avaient pas l’intention de s’y attarder et considéraient cette halte comme une simple étape sur la route des objectifs suivants : La Baule puis Pornic.

 

Mon père engagea la 4cv sur le chemin de droite donc. Celui qui semblait mener vers l’intérieur des terres. Je n’ai pas le souvenir d’avoir traversé de village ni d’être arrivé quelque part. A l’âge de trois ans la mémoire est forcément parcellaire. Je me souviens en revanche du lendemain matin. Nous avions sorti la tête de la tente pour nous retrouver devant une étendue d’eau barrée par ce qui ressemblait à un pont. Au bout de ce pont un grand bâtiment en granit avait pris une teinte dorée sous les rayons du soleil naissant. C’était le moulin de Pen Castel. Nous avions planté notre tente sur un terrain juste en face côté golfe (où se dressent aujourd’hui plusieurs maisons). Ma mère s’était extasiée de la beauté du moment et avait pris le temps d’un long regard contemplatif avant de préparer le petit déjeuner. Je sentais qu’il se passait quelque chose d’inhabituel et j’avais faim. De quoi marquer l’instant à jamais.

Odette n’était pas chagrinée de se retrouver au bord de l’eau malgré son choix. L’endroit était en léger surplomb et abrité du vent. Des champs majoritairement de blé, entouraient l’étendue d’eau en amont et en aval du pont, ce qui devait lui rappeler sa ferme familiale. En dépit de ce décor champêtre, nous allions bientôt découvrir que l’eau était partout autour de nous.

Je ne sais plus combien de temps a duré ce premier séjour. Mais les petits matins ensoleillés ont été suffisamment nombreux pour que nous n’ayons aucune envie de reprendre notre périple. Lorsque nous sommes rentrés à Paris, revenir à Pen Castel était devenu une évidence. Une autre étape allait commencer : découvrir le pays et ses habitants.

                                     

                                                  à suivre...                    S M

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par janerve à 22:51 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

Commentaires sur Chronique de Pen Castel

    très intéressant... Merci... Mais il me manque le chapitre 1, le début... Y a-t-il une possibilité ?

    merci

    J. L.

    Posté par J.L., 22 mai 2016 à 10:57 | | Répondre
Nouveau commentaire