Les Amis de Port-Navalo

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17 juin 2016

Chronique de Pen Castel

 

 

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Chapitre 11 : La découverte des régates

 

S’il est deux hommes dont la mémoire mérite d’être honorée par toutes les communes de bord de mer de France ce sont Jean-Jacques Herbulot et Philippe Harlé. Ces deux architectes navals ont inventé la voile pas cher. Ils étaient issus tous deux de la mouvance d’après guerre qui pensait, avec Philippe Viannay, créateur de l’école de voile des Glénans (dont Herbulot et Harlé furent des piliers), que la mer pouvait servir à canaliser l’énergie de la jeunesse plutôt que de laisser celle-ci à la merci du désoeuvrement. Philippe Harlé dessina les premiers petits habitables, comme le Muscadet ou le Sangria qui allaient permettre à une classe moyenne naissante de découvrir la croisière. Jean-Jacques Herbulot eut l’idée de dessiner la totalité d’un dériveur sur la surface d’une plaque de contre-plaqué marine, d’où son nom : le Vaurien.  C’est parce que la génération du baby boom apprit à faire de la voile sur ces bateaux, sans grever le budget familial que se développa l’industrie de la plaisance et que la France en devint au bout de quelques décennies le premier fabriquant mondial.

A la fin des années 50, non seulement le Vaurien envahit les plans d’eau mais il entraîna à sa suite tout ce qui pouvait flotter, à commencer par tous les dériveurs que chantiers et architectes s’ingéniaient à lancer pour satisfaire un marché en croissance exponentielle, jusqu’à la plate en V traditionnelle du pêcheur ressortie du garage. Bien entendu notre petite famille n’avait pas échappé à ce phénomène.

 

Je l’ai déjà dit, la voile ne me passionnait guère. Mais tout le monde autour de moi en faisait ou voulait en faire. A commencer par mon frère qui avait un sens instinctif de la vitesse. Il sentait la moindre risée, le plus petit réglage nécessaire pour gagner le centième de nœud qui fait la différence. Il savait faire glisser les coques et aimait cela. Il réussit à me convaincre d’investir dans un dériveur les économies que je faisais patiemment pour acheter une voiture « quand je serai grand ». Après tout je n’avais aucune envie de me morfondre sur la plage alors que les copains faisaient du bateau et je cédais.

Ce fut loin d’être le grand amour tout de suite. Nos différentes approches de la chose ont rendues assez vite la cohabitation sur l’eau entre mon frère et moi délicate. A tel point que mes parents décidèrent de compléter notre investissement par une autre coque de noix d’occasion pour nous permettre de naviguer séparément. Les choses auraient pu en rester là s’il n’y avait eu ce dimanche d’été où la toute nouvelle SNIM (Société Nautique de l’Ile aux Moines) organisa un de ses premiers tours de l’Ile. 

Mon frère naviguait seul. Mon dériveur étant plus lourd et grand que le sien, il me fallait un équipier. Je le trouvai parmi les jeunes de Kerners. Ou plutôt je LA trouvais. Je n’en croyais pas ma chance. C’était une très jolie brunette, fine comme une liane avec de grands yeux sombres et expressifs. Elle était à l’aise avec l’écoute de foc et ravie à la perspective de naviguer. Nous sommes donc partis à l’Ile aux Moines nous inscrire puis prendre le départ.

Le coup de canon libérateur se donnait à l’époque depuis le toit du café de Jojo Labousse sur le port. Plusieurs centaines de bateaux tournaient entre l’ile d’Irus et le banc des « Réchauds » en tentant de ne pas se faire embarquer par le courant. Mon frère jaillit sur la ligne au signal et, son poids plume aidant, se mêla à la bagarre pour la première place face à des engins en théorie bien plus rapides que le sien. De mon côté je trouvais le moyen d’emmêler la tête de mon mat dans les haubans de mon voisin et nous nous retrouvâmes, mon équipière et moi à chasser la cuiller de bois. Mais que la journée était belle ! La brise était légère et le spectacle de toute la flotte s’étalant devant notre étrave avec ses voiles multicolores magnifique. Et mon équipière ! Je jetais quelques coups d’œil que j’espérais discrets sur son bikini noir, enveloppant une peau délicate et cuivrée. Je finis par m’installer dans le fond du cockpit, adossé au tableau arrière pour profiter de ce moment magique aux mille spectacles et notre voilier se mit à ressembler à un fer à repasser tentant d’aplatir le clapot de la baie de Kerdelan.

A l’arrivée mon frère se fit applaudir en recevant la coupe du vainqueur et tout le monde était heureux. Il nous fallait encore regagner l’anse de Kerners, ce que j’entrepris de faire avec 5 bonnes minutes d’avance sur mon frère pour tenir compte de nos différences de vitesse. 10 minutes plus tard il nous avait rattrapé et doublé. Tout cela me semblait dans l’ordre naturel des choses.

C’est alors que mon équipière me demanda si je voulais bien lui laisser la barre. Rouge de confusion je la lui passais volontiers en m’excusant de ne pas y avoir pensé de moi-même. A peine installée sa mâchoire se crispa en une moue volontaire. Elle borda énergiquement l’écoute de grand-voile en poussant un grognement rauque et 5 minutes plus tard elle avait redoublé mon frère. En arrivant elle marmonna une excuse pour me laisser ranger le bord seul et fila directement chez elle. Je ne la revis jamais.

Cette histoire influença très directement mon avenir. Le dimanche suivant les régates avaient lieu à l’Ile d’Ars. Bien entendu je n’avais pas trouvé d’équipier avant de partir. Je demandais aux jeunes qui trainaient sur la plage de l’ile s’il n’y avait pas un candidat. Un quart d’heure plus tard je vis arriver une superbe blonde ressemblant à Mylène Demongeot qui criait à tue-tête : « il paraît qu’il y a quelqu’un qui cherche un équipier ? Je m’appelle Babette et suis là. » Je lui fis un signe timide. La moue de dépit qu’elle arbora en découvrant ma jeunesse me fit craindre qu’elle fasse demi tour. Mais finalement elle accepta l’embarquement. Pas de bikini suave cet après midi là. Le vent soutenu et les nuages gris avaient imposé la brassière de sauvetage et le ciré. J’étais de toute façon bien décidé à éviter le ridicule et je m’appliquais à régler les voiles, repérer les zones de vent et les courants. Au bout d’une heure de course je franchis la ligne en vainqueur juste devant… mon frère. Mon équipière était folle de joie. Elle avait gagné ! C’était une sacrée surprise pour elle, et, sans qu’elle s’en doute, encore plus pour moi. En arrivant sur la plage elle se précipita pour le raconter à ses copains. Ils furent bientôt une bonne vingtaine à nous entourer pour nous féliciter et crier leur fierté à la remise de la coupe. Babette faisait partie de la bande du Logeo.

- Bravo ! Bon dimanche ! S’exclama un petit moustachu répondant au nom de Jeanneau Lamour qui semblait mener le groupe. Nous avons gagné deux courses.

Nous ? Cela m’incluais donc dedans. Cela voulait dire que la bande du Logeo me comptait parmi les siens.

En l’espace d’une semaine j’avais compris deux choses. Il y avait des bandes ailleurs que dans la commune d’Arzon et j’avais sacrément intérêt à être bon en régate si je voulais en faire partie.

 

                                                    à suivre......    Stéphane Manier

 

 

 

 

Posté par janerve à 20:01 - SOUVENIRS - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Chronique de Pen Castel

    22 juin 2016
    Salut Stéphane...c'est Gérard Le Gac qui découvre ton récit. Qui donc était cette belle brune ? Veinard ! Te souviens-tu des balades avec Yannick ? Je me suis souvent demandé ce qu'il était devenu.

    Posté par LE GAC, 22 juin 2016 à 18:38 | | Répondre
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