Ouest-France  Sibylle LAURENT.Publié le 26/08/2022 à 08h00

Morbihan. À Escales photos, les photographes font parler ceux qui vivent au milieu des menhirs

Pour sa 10e année, le festival Escales Photos, qui se tient dans le Morbihan, a donné carte blanche à des photographes, autour du thème des mégalithes, en résonance avec le dossier porté à l’Unesco. Au total, quatorze expositions sont à voir dans sept communes du pays d’Auray et de Vannes jusqu’au 31 octobre.

Clara Gassull et Israël Ariño, photographes argentins, ont mis en scène les habitants avec les mégalithes.
Clara Gassull et Israël Ariño, photographes argentins, ont mis en scène les habitants avec les mégalithes. 

Il y a Christian, qui pose à côté du Tumulus du Moustoir à Carnac ; Delphine, près du dolmen du Luffang à Crac’h ; ou encore Mélodie, petite fille blonde, juchée en haut du dolmen de Crucuno. Tous trois sont des habitants du pays d’Auray (Morbihan). Et ont été photographiés, au milieu des menhirs qu’ils côtoient chaque jour par Clara Gassull et Israël Ariño, couple de photographes argentins venus passer quelques jours en pays d’Auray, au printemps dernier, pour travailler autour du thème des mégalithes, à l’invitation du festival Escales Photos qui se déroule dans sept communes du pays d’Auray et de Vannes, jusqu’au 31 octobre.

Leur exposition, Vivre parmi les pierres, est à voir au Jardin du Presbytère, à Locmariaquer. « Nous avons passé deux semaines magnifiques, à rencontrer toutes sortes de gens, d’habitants, qui ont des rapports très différents avec les sites mégalithiques, et beaucoup d’histoires à raconter, raconte Israël Ariño. On a par exemple eu des échanges hallucinants avec Christian, qui est l’une des personnes les plus passionnées rencontrées, qui aime marcher, fouiller, enquêter… C’est un véritable prospecteur de menhirs ! » Clara Gassull complète : « Au début, ces paysages, on ne les comprend pas, ils sont tellement surprenants. Ils transportent un climat de rêve, de fascination, une sorte de temporalité flottante qu’on a essayé de restituer en photos​. »

Raconter « leurs mégalithes »

C’est qu’ils en ont des choses à dire, les locaux, sur ses menhirs qu’ils côtoient toute l’année, avec lesquels ils ont grandi ! Un lien si particulier entre le territoire et les mégalithes qu’a voulu mettre en avant le festival Escales Photos, qui célèbre cette année son 10e anniversaire. « Depuis 2013, nous accrochons chaque année des photographies grand format à même les murs de villages, et missionnons des artistes photographes venus du monde entier, raconte Xavier Dubois, directeur artistique du festival. L’idée est de permettre aux gens qui habitent ici et aux vacanciers d’accéder à une facette inconnue du territoire. ​ »

« Jusqu’à présent, on s’était plutôt penché sur le monde de la mer, du territoire, des humains, complète Jacques Madec, co-fondateur du festival et adjoint en charge du patrimoine à Locmariaquer. Cette année, on a construit ce projet plus axé sur les mégalithes. Cela avait une résonance avec le dossier porté à l’Unesco. ​ » Et pour permettre aux artistes de mieux s’immerger, plusieurs d’entre eux sont venus en résidence sur le territoire. «Ils sont restés quelques jours, et nous avons essayé de travailler sur le collaboratif, en mobilisant tout un réseau de locaux, d’habitants, qui ont donné de leur temps pour raconter « leurs » mégalithes. Avec l’idée de mettre en avant la spécificité qui est de vivre dans un territoire ultra-connu. ​ »

Devant les photos, les visiteurs se souviennent… | OUEST FRANCE

Un « paysage unique au monde »

L’association Paysage de mégalithes, qui travaille depuis 2012 à la candidature des mégalithes de Carnac, et des Rives du Morbihan au patrimoine mondial de l’Unesco a été associée au projet. Une vraie réjouissance pour Victoire Dorise, directrice de Paysages de mégalithes. « Cette mise en avant de divers sites mégalithiques nous décentre des alignements de Carnac, qui ne suffisent pas pour comprendre la quintessence de ce paysage unique au monde, la diversité, quantité, richesse de ces monuments en lien avec les autres, explique-t-elle. ​Depuis le néolithique, le paysage a énormément évolué : le niveau de la mer, le boisement ne sont plus les mêmes. La perception qu’on a de ces monuments aujourd’hui en est complètement perturbée, on ne comprend pas ce qu’on voit. Alors que ce paysage, ces mégalithes étaient tous en résonance. »

Pour la directrice, « c ’est aussi l’objectif de ce dossier porté à l’Unesco, raccrocher l’histoire de ces pierres et des locaux, car cela se perd. Ces menhirs et dolmen sont de plus en plus considérés comme des sites archéologiques ou touristiques, de moins en moins en résonance avec notre quotidien. Alors qu’ils ont un lien très fort avec l’histoire bretonne, construit au fil des siècles. Il faut que tout cela garde du sens ! ​ ».

Et, devant les tirages en noirs et blancs, dans les jardins du Presbytère, les mémoires se délient, les anecdotes se glissent : « À Carnac, je me souviens qu’on jouait enfant, et quand les touristes arrivaient, on leur racontait la légende pour gagner quelques sous », raconte une locale. « On se disputait après les pièces, tu te rappelles ? ​ », complète son amie. Signe de pierres toujours vivantes.

Quatorze expositions, dont trois créations originales, à voir jusqu’au 31 octobre à Locmariaquer, Plouharnel, La Trinité, Belle-Île, Houat, Hoëdic, Arzon, Brech, Auray. Détails sur festival-escales-photos.fr.